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Je ne pouvais refuser au risque de perdre le seul travail « stable »qui me permettait de faire vivre ma petite famille. Ma réputation de ‘play-boy » avait alors refait surface, et ceux qui n’avaient pas digéré mes actes du passé, trouvaient une grande satisfaction à m’humilier. Le patron était heureux que ses clients puissent passer du bon temps à mes détriments, car cela faisait marcher son commerce. Par contre, je devais supporter les répliques des clients qui retrouvaient en cette mise en scène une partie de leur virilité bafouée par mes ignobles actes du passé. Ils se permettaient des plaisanteries du genre : « le renard qui devient brebis » ou « approche petit minet », ou bien, « hé, Lola, oh pardon ! Leila ». Ces plaisanteries ne me faisaient pas tellement mal, car j’étais sur que bon nombre de ceux qui m’appelaient petit minet en savaient long sur ma virilité, mais c’était vis-à-vis d’Aicha que je ressentais le plus de remords!
Ma seule compensation était que le patron m’avait alors accordé une petite prime pour cette mascarade, et le « pourboire » était plus consistant, me permettant de satisfaire aux besoins grandissants de ma petite famille.
Ressentant mon désarroi, et ne voulant guère que ma virilité soit remise en cause Aicha, me prouva son amour par la plus extraordinaire des manières, en tombant exprès enceinte, malgré les difficultés de ses deux précédentes grossesses. Je ne lui en serais jamais assez reconnaissant, car j’avais vraiment besoin de me rappeler que je m’appelais toujours Alain et non Lola. Heureusement que le régime prescrit par le gynécologue avait donné ses fruits ce qui permit à ma femme d’avoir un accouchement moins difficile. Nous avons eut un garçon que nous avions appelé « Issa », le nom musulman du Christ.
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Même si elle tenait tellement à ce qu’elle avait au ventre Aicha était prête à sacrifier encore une fois sa progéniture répétant qu’elle ne m’en voulait pas. Mais voilà, il était presque impossible qu’elle se fasse avorter. D’une part, l’église ne permettait pas l’avortement et aucun médecin ne voulait prendre ce risque, même si nous n’étions pas chrétiens. Justement Hammou nous rappela que nous étions musulmans et que je devais me rendre à l’évidence et prendre mes responsabilités, et c’est d’ailleurs lui qui nous avait unis par les liens de mariage. Très pointu sur les mots à prononcer, il prit un mouchoir blanc qu’il mit sur nos deux mains croisées, avant de nous annoncer solennellement que nous étions désormais mari et femme. Il nous expliqua alors que contrairement aux chrétiens c’est l’homme qui offrait la dote à la femme me prêtant l’argent que je devais avancer à mon épouse. ******
Aicha eut une grossesse difficile, et le médecin lui recommanda un repos total. Je lui avais certainement inoculé un microbe que j’avais attrapé de mes honteuses liaisons me répétais-je chaque fois que je la faisais admettre à l’hôpital. Tout cela coûtait cher, d’autant plus que père jean, qui ne pouvait pas continuer à la payer sans contrepartie, engagea une remplaçante. Alors les trois derniers mois étaient vraiment très difficiles à tous les niveaux. Matériellement les médicaments et la visite chez le spécialiste coûtaient très cher sans parler des frais de déplacement jusqu’à Chambéry. De plus Aicha devait rester allongée sur le dos durant deux mois alors c’était à moi de m’occuper des travaux ménagers. Je souffrais énormément, mais je sentais que quelque part au fond de moi-même j’étais heureux. Je ne savais d’où me venait ce sentiment de bonheur, alors que tous les ingrédients du malheur m’entouraient. Je ne l’ai compris que lorsque j’avais entendu les premiers cris de ma fille, et que voulant la caresser quelques jours après elle m’avait pris le pousse pour le sucer.
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Ma femme avait du se faire hospitaliser par deux fois après l’accouchement et je m’étais beaucoup endetté d’autant plus que je n’avais aucune couverture sociale, et que je ne pouvais compter sur aucun organisme de crédit du fait que je n’avais aucune garantie.
. Heureusement que Hammou m’avait permis de puiser dans ses économies, autrement je ne m’en serais pas sorti. Durant deux ans, je travaillais les trois cent soixante cinq jours de l’année presque dix huit heures par jour, et j’étais toujours disponible pour n’importe quel travail rémunéré. Je le faisais contraint, mais volontiers aussi car en fin de journée je retrouvais un petit être qui m’attendait et qui n’aurait rien à manger si je ne trimais pas. Un ange dont le sourire me faisait oublier toutes les contraintes. Je ressentais enfin que j’avais un chez moi. Deux êtres adulés qui avaient besoin de moi, de mes muscles et de ma sueur pour survivre. Pour elles j’étais prêt à tout supporter, même le mépris des hommes du village, où, nous étions considérés comme des étrangers, depuis que nous avions refusé de célébrer notre mariage à l’église. Les gens n’avaient plus aussi confiance en nous, et nos relations se limitaient aux travaux domestiques que nous fournissions en contre partie d’une rémunération. Comme il n’y avait pas d’activité commerciale, seul le bistrot pouvait m’offrir un travail stable avec un revenu continu. Le patron, un ancien soldat de l’armée coloniale qui connaissait parfaitement la langue arabe, m’avait engagé comme homme à tout faire même si en fait je faisais le travail de trois alors que je n’étais payé que pour le travail d’un. Je lavais aussi bien le parterre que la vaisselle, et je servais aussi bien derrière le comptoir, qu’aux tables, surtout lorsque Mlle Lola était partie pour Paris. La clientèle qui avait une nette préférence pour elle boudait de plus en plus le bistrot, alors le patron eut « l’ingénieuse idée » de me coiffer comme elle, et de me faire porter son tablier ! Je ne pouvais refuser au risque de perdre le seul travail « stable »qui me permettait de faire vivre ma petite famille. Ma réputation de ‘play-boy » avait alors refait surface, et ceux qui n’avaient pas digéré mes actes du passé, trouvaient une grande satisfaction à m’humilier. Le patron était heureux que |
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Père Hammou nous rendait souvent visite et restait avec nous deux à trois jours par semaine, nous apprenant entre autres les préceptes de l’islam et présidant la prière bien qu’il ne puisse que difficilement se tenir droit avec sa béquille. Il appréciait beaucoup la cuisine marocaine et trouvait plaisir à aller chercher tous les ingrédients du couscous, partout ou ils se trouvaient, parfois même à Paris, vu qu’il avait la gratuité des billets de train. Il en profitait aussi pour apporter un petit présent à Aicha ; Chose que mes moyens ne me permettaient pas. En fait, il prenait en charge une bonne partie de nos dépenses, retrouvant en nous, cette chaleur humaine, qu’il avait perdue avec la mort de son ami. Nous formions alors une petite communauté isolée, presque une famille, et nous passions la plupart de notre temps à nous parler. En fait j’étais toujours entrain d’écouter, car je n’avais rien de vraiment intéressant à raconter, à part les quelques forfaits gênant qui ne plairaient à personne. Hammou, par contre, était fier de nous parler de ses exploits de guerre même s’il se répétait, par oubli, et à plusieurs reprises. C’était toujours et à chaque fois aussi émouvant que nous avions les larmes aux yeux. Il nous rappelait souvent l’importance des racines chez tout être humain, décrivant avec nostalgie les us et les coutumes de son Douar d’origine. Un jour je lui demandai pourquoi il n’était pas rentré chez lui une fois la guerre terminée, mais il resta longtemps muet, avant d’éclater en sanglots. Il m’expliqua alors qu’il avait maintes fois pensé revenir au pays, mais, sa petite solde ne lui permettrait pas de s’acheter une maison au Maroc. De plus il perdrait la gratuité de plusieurs services dont il avait besoin pour sa survie, et après plusieurs détours, il finit par me confier la vraie raison de son refus de retourner au pays : il ne permettrait à personne dans son « Douar » de le voir infirme, car il accepterait tout sauf le regard de pitié.
La plus part du temps, Hammou dormait tôt, et nous restions seuls Aicha et moi des heures durant, et souvent nous nous réveillions le matin les deux corps enlacés. Elle était devenue tout pour moi, et nous ne quittions presque jamais. Je n’aimais pas seulement sa cuisine délicieusement pimentée, mais je l’aimais, elle aussi, et nous vivions en concubinage, jusqu’à ce qu’elle tomba enceinte.
Voyant enfin sa féminité se faire prévaloir, elle m’annonça la nouvelle triomphalement, heureuse que les blessures de ses quinze ans fussent enfin cicatrisées. Elle était émerveillée à l’idée de pouvoir à nouveau enfanter, et redevenir femme ! Par contre, moi j’avais très peur. Peur du présent et plus encore de l’avenir, alors que les affres du passé sillonnaient encore mon corps. Je ne voulais pas prendre la responsabilité d’un citoyen français qui serait toujours étranger dans son propre pays ou qui ne se sentirait jamais chez lui. Qui serait toujours l’autre, l’intrus, et qu’on mettra au dernier banc de la classe ; Si jamais on le laissait entrer. J’étais si traumatisé que j’avais fini par lui demander de se faire avorter. Même si elle tenait tellement à ce qu’elle avait au ventre Aicha était prête à sacrifier encore une fois sa progéniture répétant qu’elle ne m’en voulait pas. |
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C’était le coup fatal, que Christine ne supporta pas tombant aussitôt malade et me fermant définitivement sa porte alors que je n’avais nulle part où aller. Heureusement qu’Aicha me proposa une chambre dans son petit appartement. Elle m’aida aussi à trouver un travail à l’église même où père « Jean », très âgé m’engagea pour les travaux d’entretien et de retapage des murs intérieurs de l’église, ainsi que pour faire les courses et activer la cloche le Dimanche matin.
J’ai pu, avec l'aide de ce dernier , avoir l’estime de certaines personnes qui me confièrent des petits travaux d’intérieur, notamment le jardinage et les réparations, ce qui me laissait de quoi vivre, par contre j’avais complètement refusé de pénétrer une quelconque maison de mes anciennes liaisons. J’arrivais à payer mon loyer même si Aicha refusait souvent de le percevoir, et lorsque je rentrais je la trouvais toujours éveillée, insistant beaucoup pour que l’on prenne le dîner ensemble. Elle en profitait pour me parler de son passé et cisailler le voile qui entourait sa solitude. La pauvre passait sa journée dans une église vide et rentrait chez elle le soir dans une maison vide, mais maintenant qu’elle avait avec qui parler, elle s’exprimait comme si elle avait un retard à rattraper, me racontant son histoire et qui était presque identique à la mienne : Son père l’avait « cédée » durant la disette à une famille de colons français, acceptant qu’elle rentre avec eux en France moyennant un petit terrain à cultiver qu’ils lui cédèrent en partant. Elle avait alors juste douze ans ! A quinze ans leur fils aîné, la viola, tout en niant son acte, et personne ne voulut croire à la version de la petite servante qui tomba enceinte. Heureusement qu’elle trouva refuge à l’église où elle passa ses mois de grossesse et lorsqu’ elle ouvrit les yeux après un difficile accouchement, elle ne retrouva aucun bébé à ses cotés. Elle pleura longtemps avant que père Jean ne lui expliqua que ses petites jumelles, furent placées dans un orphelinat à « Chambéry » vu qu’elle n’avait pas l’age légal pour les garder. Le prêtre l’engagea pour les travaux d’intérieur de l’église, lui permettant de passer tout son temps libre à lire et à peindre ce qui l’aidait à compenser la perte de ses deux filles. Emigrés malgré nous, nous avions eu, en fait, à peu près le même itinéraire : Des colons qui nous mènent en France et des rapports sexuels qui nous mettent sous la protection de l’église.
Moi aussi j’avais raconté à Aicha mes dix ans de débauche ; elle insistait pour que je lui raconte des détails, elle disait que c’était le seul moyen de m’exorciser de ces péchés qui me suivrait jusqu’à l’au-delà. Je sais qu’elle n’avait pas oublié son passé, et que l’homme que je représentais signifiait pour elle, le viol et la haine, mais elle écoutait quand même mes récits et faisait semblant de comprendre mes réactions. Je ne lui serais jamais assez reconnaissant !
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Comme promis, j’accompagnai Aicha au cimetière, où il n’y avait ni bancs pour s’assoire, ni arbres pour nous couvrir de ce soleil de plomb qui planait sur nos têtes avant de voir venir un vieux monsieur. Boitillant, il s’asseyait sur la première tombe, leva les mains au ciel, et se recueillit quelques minutes, puis refit la même opération sur toutes les autres tombes.
Il manifesta une véritable joie en voyant Aicha s’approcher, nous invitant à nous assoire à ses côtes. Petit de taille, il avait les trais méditerranéens d’origine maghrébine et portait les trilles d’un ancien combattant de l’armée française. Sa poitrine donnait l’effet d’une vitrine de joaillier, tellement les cinq médaillons brillaient. Chacune d’elle avait une valeur physique et symbolique, mais il s’arrêta longuement sur celle portant la croix de fer, dont il parlait en gonflant fièrement sa petite poitrine. C’était la plus chère à ses yeux, car étant sa récompense pour avoir perdu la moitié de sa jambe en sauvant son ami. Celui-là même sur la tombe duquel nous nous trouvions. Il nous raconta comment ce glorieux soldat, était mort sur le champ de bataille le fusille à la main en criant « Allah Akbar » « Je viens ici chaque vendredi lui demander la miséricorde de Dieu pour qu’il puisse accéder au paradis « Il y ira sûrement, puisqu’il est mort au combat, c’est un Moujahid, » lui répliqua Aicha tout émue. « Ce n’est pas sûr ma fille, il aurait mérité le paradis s’il avait combattu au nom de l’Islam en tuant des mécréants, mais là il combattait pour des chrétiens ! J’étais étonné d’entendre cela, car jamais personne auparavant ne m’avait dit que celui qui tuait pour la religion irait au paradis. Incrédule, je lui disais ce que je pensais des guerres et du fait d’ôter la vie à un être humain pour la seule raison qu’il pense différemment ou qu’il a une autre religion, mais je sentis qu’il était un peu gêné, presque offensé. « Tout ce que je sais mon fils, c’est que l’Islam est notre religion, que sidna Mohamed est notre prophète. Défendre l’Islam est le sacrifice suprême, et celui qui y laisse la vie ira directement au paradis. Par contre, ira en enfer, celui qui meure chrétien ou juif » « Pourquoi ? Eux aussi, prient le même Dieu ? « Oui, mais ils blasphèment, les Chrétiens disent que Sidna Issa, est le fils de Dieu ; les juifs aussi ont un prophète qu’ils disent être le fils de Dieu. Dieu ne peut pas avoir d’enfants. Il me répéta plusieurs fois un verset de coran où il est dit en substance que « Dieu est unique, qu’il n’a ni père ni fils, me faisant comprendre que je devais apprendre les percepts de l’Islam, en répétant : « Les musulmans ont leurs propres lieux de prière, comme ils ont leurs propres cimetières. Tes parents sont musulmans et tu es né musulman, tu dois le rester, sinon tu iras directement en enfer. J’attendais qu’il m’explique pourquoi je devais choisir cette religion plutôt qu’une autre, ou qu’au moins, il m’en dise plus sur l’Islam, mais le pauvre en était incapable. Mais cela n’empêche que je ressentais une grande sincérité dans sa tentative de me prouver les vertus de l’Islam et j’étais convaincu qu’il me fallait encore plus de temps avant de décider si l’allais me faire baptiser chrétien ou rester musulman. C’était le coup fatal, que Christine ne supporta pas tombant aussitôt malade et me fermant définitivement sa porte alors que je n’avais nulle part où aller. |

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