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Il caressa amoureusement le bois massif du vieux bureau tout en contemplant avec nostalgie les centaines de livres qui ornaient sa bibliothèque. Il y avait tellement d'ouvrages qu'on dirait un conseil de sages. Il en prit un au hasard, mais le remit aussitôt en place sans même l’ouvrir. Il cajola la belle plume noire jusqu'à la pointe, avant de la remettre à coté de son encrier grisâtre, réajusta l'ensemble à droite puis le poussa un peu plus du coté de la vieille machine à écrire bien au chaud sous sa couverture.ils se retrouvent tous à l'extrémité de ce grand bureau alors qu'ils en avaient longtemps occupé le centre. Autant dire qu'ils s'approchaient chaque jour un peu plus de la porte …. De l'oubli. L'homme est ingrat et peu clément. A la première occasion, il avait troqué la quiétude de la plume avec le bruit fracassant de la machine à écrire, avant qu’une autre plus discrète ne lui prenne sa place, puis une autre ne la remplace, et que l’ordinateur ne leur donne enfin le coup de grâce. Il ferma la gardienne attitrée de ce temple de la connaissance, bien conservée dans son bel cuir beige, laissant régner un calme qui rappelait celui d’un lieu de culte. « A ce rythme, se disait-il frustré, tant les livres, que ce qui avait aidé à les créer deviendraient de trop. Déjà ils étaient encombrants, maintenant ils risquent de devenir des "SDF", La bibliothèque, jadis maîtresse de toute l’architecture et qui les a toujours si tendrement parrainé n'aura bientôt plus de place dans la conception de l’habitat moderne. Oui on ne peut pas arrêter le progrès.
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